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Haïti : deux ans après le CPT, où en est le pays aujourd’hui ?

Deux ans après la mise en place du Conseil présidentiel de transition (CPT), Haïti reste plongé dans une crise profonde et généralisée. L’insécurité persiste, l’emprise des gangs s’étend, les accords politiques n’aboutissent pas et les perspectives électorales demeurent incertaines. Le pays peine toujours à retrouver un semblant de stabilité.

Retour sur le CPT

Installé le 25 avril 2024, le Conseil présidentiel de transition (CPT) a officiellement pris fin le 7 février 2026. Il était composé de Laurent Saint-Cyr, Leslie Voltaire, Edgard Leblanc Fils, Smith Augustin et Fritz Alphonse Jean. Sa création répondait à une urgence nationale : rétablir l’ordre public et redonner une légitimité démocratique au pays après la démission du Premier ministre Ariel Henry.

Le CPT avait pour mission de désigner un chef de gouvernement, former un gouvernement d’union nationale et remettre Haïti sur la voie de la stabilité, avec pour objectif final l’organisation d’élections libres et inclusives. Dans les faits, le bilan reste très limité. Parmi les quelques avancées, on peut citer l’ouverture de cinq tribunaux de première instance (Limbé, Ouanaminthe, Jean-Rabel, Belladère et Anse-à-Galets), la rénovation et la promotion de 84 magistrats sur recommandation du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire, ainsi que la création d’une commission chargée de réfléchir à la réforme du système pénal.

D’autres initiatives ont vu le jour, comme la modernisation de l’aéroport Antoine-Simon des Cayes, désormais ouvert aux vols internationaux, des concertations territoriales dans le Grand Sud ou encore des ateliers autour de la production avicole. Mais ces efforts, bien que réels, restent largement insuffisants face à l’ampleur de la crise. Le constat est sévère, car le CPT n’a ni réussi à rétablir durablement la sécurité, ni organisé les élections, ni stabilisé la situation politique. Une grande partie du territoire reste sous le contrôle de groupes armés, sans véritable retour à l’ordre public. À cela s’ajoutent des accusations de corruption, des divisions internes et une perte de crédibilité auprès d’une partie de la population. En résumé, les objectifs initiaux du CPT n’ont pas été atteints.

Alix Didier Fils-Aimé : de la transition au pouvoir concentré 

Depuis le 7 février 2026, Alix Didier Fils-Aimé s’impose comme la figure centrale de l’exécutif haïtien. Sa mission reste inchangée : restaurer la sécurité, relancer le dialogue politique et préparer les élections. Mais sa position est complexe, puisqu’il occupait déjà le poste de Premier ministre depuis le 11 novembre 2024, ce qui l’associe directement au bilan du CPT.

Les Assises du dialogue inter-haïtien, organisées du 1er au 3 février 2026 à l’hôtel Montana, n’ont pas permis de déboucher sur une solution consensuelle. Initiées par plusieurs membres du CPT, elles visaient à définir une feuille de route pour l’après-7 février, avec notamment l’idée d’un changement à la tête du gouvernement. Cependant, les États-Unis ont clairement affiché leur soutien à Fils-Aimé face aux tentatives de révocation. Fin janvier 2026, trois navires de guerre ont été déployés à Port-au-Prince, des déclarations officielles ont été publiées via l’ambassade américaine, et cinq conseillers du CPT ont été sanctionnés. Ce soutien a été maintenu après la dissolution du CPT.

Malgré sa présence et le renforcement du pouvoir de Fils-Aimé, la situation sur le terrain ne s’est pas améliorée. Haïti fait face à une crise sécuritaire, humanitaire et politique toujours plus grave. Les gangs contrôlent une grande partie de Port-au-Prince et poursuivent leur expansion dans plusieurs régions. Dans le Sud-Est, notamment à Seguin et Haut Macary (commune de Marigot), des attaques ont été signalées entre le 11 et le 13 avril 2026.

Fin mars, les Nations unies ont alerté sur une intensification des violences, notamment dans le Centre et l’Artibonite, avec de lourdes conséquences humanitaires. Human Rights Watch souligne également l’emprise croissante des groupes armés dans la capitale, y compris dans des zones comme Delmas, Pétion-Ville et Tabarre. Face à cette situation, les autorités ont durci leur réponse, notamment à travers des opérations appuyées par des drones. Mais malgré ces efforts, la violence persiste et les groupes armés continuent de contrôler des axes stratégiques, tant routiers que maritimes. Le Bureau des droits de l’homme de l’ONU souligne par ailleurs que cette insécurité implique non seulement les gangs, mais aussi certains acteurs liés aux forces de sécurité, à des sociétés privées et à des groupes d’autodéfense.

Ouverture diplomatique et calendrier électoral incertain

Sur le plan électoral, un calendrier fragile est maintenu. Un premier tour est envisagé pour août 2026, suivi d’un second tour en décembre 2027, à condition que la situation sécuritaire s’améliore. Dans cette optique, le Conseil électoral provisoire (CEP) a nommé, le 17 avril 2026, Uder Antoine (ancien coordonnateur général de l’OMRH) comme directeur exécutif, en remplacement de Philippe Augustin.

Sur le plan diplomatique, un signal plus encourageant apparaît avec la reprise du dialogue entre Haïti et la République dominicaine. La réouverture de l’espace aérien est prévue pour le 1er mai 2026, après plus de deux ans de fermeture décidée unilatéralement par les autorités dominicaines en raison de l’insécurité en Haïti.

Malgré une situation extrêmement difficile, les Haïtiens continuent de trouver des raisons d’espérer. À l’international, de nombreuses figures issues de la diaspora ou du pays lui-même continuent de faire rayonner Haïti par leur talent et leur détermination. Dans le sport, l’art ou la culture, des personnalités comme Abigail Alexandre ou Ariana Milagro Lafond illustrent cette capacité à briller malgré les obstacles. 

Leurs réussites rappellent qu’au-delà des crises, les ressources vivantes et dormantes du pays restent intactes. Elles incarnent une autre image d’Haïti : celle d’une jeunesse résiliente, inventive et capable de s’imposer sur la scène mondiale. Autant de signes qui laissent entrevoir qu’un avenir différent reste possible.

Pour aller plus loin, vous pouvez consulter : 

Haïti : les gangs étendent leur contrôle aux routes et aux voies maritimes https://news.un.org/fr/story/2026/03/1158607 

Troubles et violences liés aux gangs en Haïti

Sud-Est : au moins six morts recensés lors d’une attaque des bandits armés à Seguin

https://gazettehaiti.com/index.php/node/13662

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